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jeudi, 24 avril 2008

De Dora d'Istria à Marthe Bibesco...

DORA D’ISTRIA (1828 – 1888)
Evoquer sa personnalité et son oeuvre en tête de cette bio bibliographie me tient particulièrement à coeur.
Son nom est oublié, et pourtant elle fut une femme exceptionnelle.
Née en 1828 à Bucarest dans une très vieille famille, Elena Ghica se marie à un
prince russe puis voyage en Europe avant de terminer ses jours à Florence en se
consacrant à l’écriture et à l’entretien de son jardin. Mais surtout, elle laisse derrière
elle une oeuvre foisonnante, éparpillée, composée de récits de voyages et de textes
à l’appui de la cause des femmes. Ses reportages paraissent dans la Revue des
deux mondes, dans l’Illustration à partir des années 1850, à une époque où la
littérature roumaine moderne commence seulement à se former.
Avec elle, les lecteurs français et européens de l’époque vont à la rencontre des
belles et courageuses « amazones » crétoises qui se révoltent aux côtés de leurs
maris. L’auteur les entraine à cheval dans les régions montagneuses des confins de
la Grèce ; dans un autre texte, elle leur fait vivre presque en direct son ascension,
en première féminine mondiale, d’un des plus hauts sommets des Alpes suisses,
les 10 et 11 juin 1855 …. le tout dans une langue française pleine de grâce et
d’élégance.
Tel est l’intérêt d’Elena Ghica qui choisit comme nom de plume le très féminin Dora
D’Istria.
La vie monastique dans l’Eglise orientale, Cherbuliez, 1855
La Suisse allemande et l’ascension du Mönch, Cherbuliez 1856
La Nationalité roumaine d’après les chants populaires, mars 1859, Revue des Deux
Mondes.
Les Femmes en Orient, Meyer et Zeller, Zurich, 1860
Excursions en Roumélie et en Morée, l’Illustration, 1861


ANNA DE NOAILLES (1876 – 1933)
Anna-Elisabeth Brancoveanu est une poétesse issue d’une vieille et grande famille
roumaine et grecque comptant des poètes et des gens de lettres. Elle grandit entre
Paris, Le Bosphore et la Savoie. Comme Marthe Bibesco, dont elle était une
cousine, elle maîtrise parfaitement le français dès son enfance. En 1898, ses
premiers poèmes (Litanies) paraissent dans La Revue de Paris. Son premier recueil
de vers, Le Coeur innombrable reçoit à sa parution en 1901 un accueil enthousiaste
et demeure son oeuvre la plus connue.

PANAÏT ISTRATI (1884 – 1935)
« …et le 25 décembre 1913 je descends, enfin, dans ce Paris tant désiré. (…) Paris
visité dans quatre mois, je m’ennuie et je le quitte. » Dans son texte intitulé
simplement Autobiographie, le grand écrivain évoque également son apprentissage
du français. Panaït Istrati est succinct : « Trente-trente-trois ans : je descends à
Leysin pour soigner ma poitrine, sérieusement atteinte (après l’avoir été une
première fois en 1911). Trois mois de repos complet, lectures assidues des
classiques français à l’aide d’un dictionnaire et puis déchaînement de passion
amoureuse qui me réduit à la misère.
»
Toute sa vie d’errance, de souffrance, de passion et d’écriture est contenue dans
ces quelques mots. Il y aurait beaucoup à dire sur l’auteur de l’inoubliable Les
Chardons du Baragan
. Le mieux est de lire ses oeuvres enfin réunies par les bons
soins des éditions Phébus en 2006 et assorties d’une très jolie préface de l’écrivain
Linda Lê. Dans cette introduction à l’oeuvre immense de Panaït Istrati, Linda Lê
évoque bien entendu le moment français du vagabond merveilleux qui, venant de
toucher le fond de la misère, fait parvenir une lettre poignante à Romain Rolland et
dès lors se voit encouragé « à écrire, écrire dans une langue qu’il ignorait jusqu’à
l’âge de trente ans, une langue qu’il avait apprise seul en luttant contre la maladie et
les doutes.
»
OEuvres, Phébus libretto, édition établie et présentée par Linda Lê, trois tomes, 2006

MARTHE BIBESCO (1886 – 1973)
Née en Roumanie, à Bucarest, le 28 janvier 1886.
Marthe Bibesco a six ans lorsque son père Jean Lahovary est nommé diplomate à
Paris et y installe sa famille. L’enfant parle déjà couramment le français avec sa
mère qui en est une adepte fervente. Ce n'est que plus tard qu'elle apprendra le
roumain.
Marthe Bibesco publie en 1923 un ouvrage consacré à la Roumanie, Isvor, le pays
des saules
. Sa carrière commence réellement avec la parution, en 1924, du
Perroquet vert, peinture de milieux russes en exil, salué comme une révélation par
de célèbres auteurs.
Puis elle écrit en 1928 un premier essai, Au bal avec Marcel Proust. Elle a
rencontré ce dernier occasionnellement et publiera en 1949 sa correspondance au
duc de Guiche (Le Voyageur voilé). Suit un recueil d'articles parus dans Vogue,
Noblesse de robe, où elle dépeint les milieux de la mode. Elle accomplit des
voyages et en rapporte des récits, Jour d'Égypte en 1929, et des lettres de Terre
sainte, en 1930, Croisade pour l'anémone. Sous le pseudonyme de Lucile Decaux,
elle pratique même le feuilleton populaire : Marie Walewska puis Katia, immortalisée
au cinéma par Danielle Darrieux… Dans la même ligne, elle produira plusieurs
textes ayant pour sujets Élisabeth II, Churchill ou de Gaulle.
La princesse Bibesco retourne souvent en Roumanie, où elle finit par s'installer,
faisant à Paris, chaque fois qu'elle y revient, des séjours remarqués. La seconde
guerre mondiale la surprend dans son pays; elle erre alors, d'Istanbul à Bucarest,
avant de se fixer à Paris en 1945. Elle ne possède plus rien (ses biens sont
confisqués par les communistes) et il faudra toute sa persévérance et le soutien de
personnalités pour que sa fille puisse quitter la Roumanie avec mari et enfants.
Marthe Bibesco est élue à l'Académie Royale de langue et de littérature françaises
le 8 janvier 1955, en même temps que Jean Cocteau. Elle consacre les dernières
années de sa vie au projet d'une vaste fresque en plusieurs volumes, liée à l'histoire
de l'Europe. Seuls La Nymphe Europe, en 1960, et Où tombe la foudre, posthume,
verront le jour. Ses oeuvres demeurent un beau témoignage de l’histoire littéraire
française et européenne.
Isvor, le pays des saules, éd. Plon, 1923 et Christian de Bartillat, 1994.
Le Perroquet vert, éd. Grasset, 1924.
Au bal avec Marcel Proust, éd. Gallimard, 1928.
Noblesse de robe, éd. Grasset, 1928.
La Nymphe Europe. Livre I. Mes vies antérieures, éd. Plon, 1960.
La Nymphe Europe. Livre II. Où Tombe la Foudre, éd. Grasset, 1976

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