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jeudi, 29 mai 2008

A Caen? Au Salon du Livre! (suite)

On a pas mal parlé gastronomie, au salon du livre de Caen (en dehors du fait que ces endroits dévolus à la lecture et au commerce des livres font le nid des grandes goinfreries).
Retenu l'existence d'une sympatique collection de gastronomes chez Nil éditions... Vu aussi les bacchantes de Jean-Claude Kaufmann le sociologue frémir de malice en évoquant les familles à table et les rituels de frigidaire devant un public conquis. Sous la tente des "discussions gourmandes", meublée "comme à la maison" par les bons soins de l'admirable conteuse qui recevait les écrivains les uns après les autres avec la même passion, Insolite Roumanie a invité Sanda Nitescu à venir parler de son livre "Un brin d'aneth et le ciel bleu - Imprécis de cuisine roumaine". Un moment délicieux. On a cru que le ciel bleu du titre était celui des yeux de l'auteur! Et on avait envie d'y croire, alors que des trombes d'eau s'abattaient sur le château et sa foule de lecteurs... Mais on était bien à l'abri sous la tente... et la discussion n'était pas terminée que de chauds parfums de cannelle, de pommes et de caramels nous enveloppèrent. Laurent Porée (toujours lui, l'homme orchestre de Balkans Transit, voir une précédente note) a réussi l'exploit de mener tous ses amis roumains de Caen aux fourneaux. Les visiteurs ont donc goûté des cornulete préparés par Monica Salvan et de la placintà cu mere (un gâteau aux pommes).

Et puis, le soir, flûte de champagne à la main, devant la mairie de Caen remportée par Philippe Duron en mars dernier, on reparle traduction... Qui dans notre petit groupe a demandé comment on dit en français "ca vitelul la poarta noua"???? Un coup à ne pas dormir de la nuit. Heureusement qu'il y avait quelque chose à fêter à l'hôtel : après un peu de calva, problème de traduction ou pas, on a dormi.
Vérification faite (merci au Bouquet des expressions imagées de Claude Duneton -d'ailleurs présent au Salon de Caen) on a bien, en français, plusieurs expressions aptes à marquer l'étonnement béat, la stupéfaction du (en roumain) "veau qui se retrouve le nez devant une porte neuve"...

"Comme deux ronds de flan" me fait toujours bien rigoler -un petit air de Bardamu dans l'air.
"Ouvrir des yeux comme des soucoupes" sera, selon le contexte, très proche des yeux de notre jeune veau ébahi.
On a encore le "étonné comme une poule qui a trouvé un couteau", un peu vieillot, on en conviendra.
L'autre soir, sous le ciel magnifique de Caen après la pluie, j'ai entendu un "comme une poule couvant un oeuf de cane" ou quelque chose d'approchant... Pas attesté par le Duneton mais assez parlant, c'est vrai.

mercredi, 28 mai 2008

Histoires de rencontres (suite)

Rencontré Edmond Baudoin. Bu force café sous la tente devant le Mancel. Des petits enfants en polo jouent sur la pelouse. Des mamans en talons hauts sirotent de la Heineken. Et aux côtés de la rousse Doina Ioanid, Edmond Baudoin. Il a créé à partir du roman Travesti de Mircea Cartarescu une oeuvre à part entière, comme toujours. J'ai acheté le livre (éditions L'association). J'adore la mise en abîme de ces rencontres: il me raconte sa rencontre avec deux étudiants roumains à Paris (association La moitié pleine) qui, découvrant son oeuvre de dessinateur lui disent: "mais vous devriez travailler sur ce qu'écrit Mircea Cartarescu!". Et cela se fait. L'artiste restitue dans son ouvrage, par écrit et en vignettes, l'histoire de la rencontre. On voit Mircea et Edmond faire les fous autour d'une statue, se rendre sur les lieux de l'action du roman Travesti.... C'est parfaitement réussi, sombre, beau, intelligent et sexy. Une amoureuse de Bucarest comme moi ne pouvait qu'admirer la ville telle qu'elle apparaît sous le trait gras et cependant délicat de l'artiste Edmond Baudoin.

Découvrir Baudoin ici : http://w3.uqah.uquebec.ca/baudoin/abaudoin.htm

 

mardi, 27 mai 2008

Des histoires de rencontres

Dan Perjovschi, je n'oublierai jamais sa disponibilité. En 1996 ou 97 à Bucarest, il a accepté d'illustrer la feuille de huit pages que je sortais pour l'antenne roumaine de Médecins du Monde. J'aimais énormément ses crobars publiés dans l'hebdomadaire 22. J'allais le trouver à la rédaction du journal, dans un joli bâtiment de Calea Victoriei. Sur un coin de table, il notait le titre des articles prévus au prochain numéro. Je récupérais ensuite ses dessins. Ca a duré des mois et des mois. Le bonheur, pour moi, d'avoir ces illustrations, ces vignettes. 

Ce printemps, résidence à Caen, pour Perjo. C'est Laurent Porée qui l'a inscrit au programme d' Insolite Roumanie, le festival dédié à la culture roumaine. Vendredi, donc, dans le joli bâtiment abritant l'Artothèque, je découvre une salle blanche aux murs couverts des dessins de Dan. A voir, ici, à droite, dans la galerie, quelques uns de ces géniaux crobards. Et puis son site officiel: http://www.perjovschi.ro

De Perjovschi, il en sera d'ailleurs question dans le prochain numéro de notre revue Au Sud de l'Est : nous publions de nombreux dessins de l'artiste. Sortie le 15 juin prochain... http://www.editionsnonlieu.fr/-Au-sud-de-l-Est-

A réclamer à vos libraires! Avec une maquette affinée, un plus d'élégance et de précision, grâce au travail de l'artiste bosniaque Hana Zec... par ailleurs fondatrice de la maison d'édition parisienne Qupé.

Là aussi, l'histoire est belle. Des rencontres et toujours des rencontres pour offrir le meilleur des idées et de l'art.

A Caen? Au Salon du Livre!

"Je me dis: " Bon !... Je vais aller à Caen... " Et puis Caen !... ça tombait bien, je n'avais rien à y faire. Je boucle la valise... je vais pour prendre le car... Je demande à l'employé :  
- Pour Caen, quelle heure ?
- Pour où?
-Pour Caen !
- Comment voulez-vous que je vous dise quand, si je ne sais pas où?"

"-Caen, je n'avais rien à y faire. Juste me promener. Enfin, c'était sans compter le salon du livre de Caen.
-De quand?
-Mais au château de Caen, bien entendu!
-Et il est de quand, le château?
-Le château du 11ème siècle, bien sûr qu'il est de Caen puisqu'il y est depuis longtemps!"

Mais il y en avait du monde qui n'était pas de Caen, ce samedi et ce dimanche, à Caen! On a beaucoup entendu parler roumain aux terrasses aménagées aux alentours des tentes. Et pour cause! Grâce au festival Insolite Roumanie, il y avait là les romanciers Simona Popescu, Lucian Dan Teodorovici, Stelian Tanase, Damian Necula ; le poète et romancier (et journaliste) Florin Iaru accompagné de son opérateur d'image Geo Tuica, la poétesse et journaliste Doina Ioanid; Magda Cârneci, poétesse et directrice du centre culturel roumain de Paris; l'artiste plastique Dana Cojbuc, la traductrice Monica Salvan, l'auteur jeunesse Ramona Badescu, accompagnée de l'illustrateur Benjamin Chau et beaucoup de Roumains implantés à Caen... depuis quand ? Ne me demandez pas!

En revanche, vous pouvez demander davantage d'histoires et de nouvelles... de Caen. A suivre dans les heures et les jours qui viennent.

vendredi, 23 mai 2008

Au secours de Rosia Montana, suite

Voilà la fin du reportage. Allez bien jusqu'à la fin parce qu'il y a deux "hors texte" pleins d'informations concrètes et de chiffres.  Avec notamment ce que dit l'Unesco de ce projet de mine d'or.

J'essaie de retrouver des photos pour les insérer dans le blog.

"...Les habitants du village sont habitués à compter les uns sur les autres. Dans une ruelle qui serpente à l’assaut de la colline, Rodica, une solide villageoise tout juste retraitée, avoue qu’elle a peur de rester seule : « dans ma rue, nous ne sommes plus que deux ». Une voisine du père Ivaşcan déclare souffrir d’insomnie à l’idée de se retrouver isolée dans un village fantôme secoué par les explosions de la mine.

Deux cents familles sur les 700 ont déjà rendu leurs clés. « C’est triste de voir comment les vieux d’ici subissent les pressions de leurs enfants » déplore Stéphanie Roth, la militante d'Alburnus Maior. Dans le village, des drames domestiques sont en train de se jouer. Les plus influençables laissent leurs morts et leurs maisons à la beauté décrépie. Histoire de faire plaisir à leurs jeunes, des jeunes désireux de vivre en ville et d’améliorer leur niveau de vie.

Ces jeunes « milliardaires », on les voit arriver de loin. Les prix explosent. Dans les rues de Roşia Montana, les petites annonces fleurissent sur les poteaux électriques. Des maisons situées à l’autre bout du pays trouvent ainsi acheteur, à des prix inespérés.

« Je ne suis pas contre l’investissement à la mine, mais leurs méthodes ne me plaisent pas » se plaint Nicolae Jurcan, serrurier à la mine souterraine propriété de l’Etat. Sa maison carrée, bien assise sur un demi-sol de pierres de taille, a l’air trapu et confortable des maisons de la région. La Gold corporation lui en offre 900 millions de lei (24324 euros). « Ils ont pris ma maison en photo pour que j’arrête mes travaux en cours. Pour que je ne sois pas tenté de leur en demander plus tard un meilleur prix. Mais je vais les faire, mes travaux. Si j’avais voulu vivre entassé quelque part dans une tour, ça fait longtemps que j’aurais déménagé ! » A 47 ans, Nicolae Jurcan sait aussi qu’il a très peu de chances d’obtenir un des quelque 250 emplois promis par la Compagnie.

La Gold Corporation est presque convaincante, à force de promettre de dépolluer, de reconstituer les montagnes et de reboiser les milliers d’hectares de roches stériles qu’elle laissera derrière elle. Le « Centre d’Information de la Communauté », installé dans le haut du village, au plus près des récalcitrants, est d’ailleurs de ce point de vue un modèle de « transparence » : des dizaines de graphiques, de cartes et de simulations en 3D présentent le projet, y compris le lac de décantation qui noiera la vallée voisine et sera retenu par un barrage de 140 mètres de hauteur…

Mais jamais la Compagnie ne pourra reconstruire ce qu’elle s’apprête à dynamiter : la richesse archéologique de Roşia Montana.

« Alburnus Maior » est « une vallée romaine, un site énorme, peu abîmé. Tout est là, le potentiel est colossal. C’est un site majeur, constitué de plusieurs sanctuaires, de voies romaines… » L’auteur de ces mots est Béatrice Cauuet, archéologue, spécialiste française des mines antiques. Une scientifique peu encline à s’emballer pour une cause, fut-elle aussi belle que celle d’Alburnus Maior. Elle a participé, ces deux dernières années, à des fouilles de sauvetage payées par la Compagnie. Cela lui a valu d’être accusée de collaborer avec les « forces du mal ». Il faut dire que dans ce dossier mêlant intérêts économiques nationaux, passions nationalistes, causes écologistes et besoin de sauver un patrimoine unique en son genre, le manichéisme est à portée de main, utilisé par les uns et par les autres.

« On détruit tant de sites en France » relativise l’archéologue dont la profession est en France justement touchée par le manque de crédits alloués aux recherches. Mme Cauuet est cependant catégorique. La Compagnie parviendra peut-être à passer en force, mais alors, « même si le site doit être détruit et que c’est déplorable, il faudra absolument l’étudier avant ».

Passionné mais timide au point de taire son nom, le guide des « galeries romaines » à Roşia Montana fait partie des villageois désolés mais résignés. Les 400 mètres de galeries de forme trapézoïdales, creusées il y a deux mille ans, c’est son domaine. Il signale au passage les creux dans la roche, là où les mineurs plantaient leurs torches pour y voir clair. Les archéologues ont encore trouvé ces deux dernières années des outils en bois très bien conservés dans des tronçons de galeries fermées au public. Si tous ces passages disparaissent au dynamitage, c’est un trésor archéologique qui disparaîtra. Or l’excavation de toute la région est en effet la seule solution proposée par la Gold Corporation : le travail en souterrain ne serait pas rentable.

« Il y a six niveaux en dessous de nous » explique-t-il « et en quelques heures de marche sous la montagne, on peut arriver de l’autre côté de la vallée, en face ». C’est une jolie rumeur, presque une anecdote.

Car la réputation internationale de ces lieux provient de la découverte, au 18ème siècle principalement, de documents uniques jetant une lumière nouvelle sur le droit romain et sur la vie quotidienne des provinces latinophones de l’empire : des tablettes de bois gravées en latin cursif. Des instantanés de la vie quotidienne dans les derniers siècles de l’Empire. Les plus célèbres tablettes étaient des contrats en trois exemplaires: chaque contractant en conservait une partie, la troisième demeurant l’original auquel se reporter en cas de litige… D’autres tablettes rapportent des transactions ou prouvent l’existence de contrats rédigés pour des travailleurs libres venant des quatre coins de l’empire romain…

Aujourd’hui, les habitants de Rosia Montana vivent une attente insupportable dans leur village aux allures de rivage des Syrtes. Dans l’Antiquité, ce bras de fer et l’histoire triste de la douce Téofana auraient pu faire l’objet d’une chronique.

Sur tablettes de bois, bien sûr.

 Les chiffres du danger 

La Roşia Montana Gold Corporation est une joint-venture entre une société canadienne, Gabriel ressources (80%) et Minvest, la mine d’Etat roumaine (20%). La partie roumaine percevrait des royalties à hauteur de 2% de la production.

La Roşia Montana Gold Corporation projette de produire en moyenne 550 000 onces d’or (17105 kg) et 2.6 millions d’onces d’argent (80860 kg) par an. Pour cela l’usine traiterait chaque année 13 millions de tonnes métriques de minerais.

La concession obtenue en 2000 couvre 4282 hectares (21 km2) de montagnes.

Le lac de décantation des roches contenant du cyanure et des métaux lourds s’étendrait sur le fond d’une vallée et atteindrait une surface de 600 hectares à lui seul.

Le barrage de retenue mesurerait 140 mètres de haut.

Le prix du civisme pour Alburnus Maior

La Constitution adoptée en octobre 2003 consacre le droit à un environnement sain.

L’action civique mise en place depuis de nombreux mois par Alburnus Maior est récompensée. 

Le principe de protestation est le suivant : les citoyens sont conviés à envoyer au ministère de l’environnement une carte postale spécialement imprimée. L’arme choisie est l’humour : une photo montre deux vaches conversant dans un chemin creux : l’une demande à l'autre « tu déménages, toi, pour des fenêtres en alu ? ». A quoi l’autre répond pleine de bon sens « Non, j’aurais du mal,  jusqu’au 6ème!  »

Le mouvement de résistance et d’insubordination civique « Sauvez Roşia Montana » de l’association Alburnus Maior a ainsi été primé, le 10 décembre 2003, lors du Gala de la société civile qui se tient annuellement à Bucarest. Ce prestigieux événement récompense l’activisme social.

 

Avant cela, l’ICOMOS, le « bras culturel » de l’Unesco, a condamné le projet dès le 5 décembre 2002 lors de son assemblée générale : « les vestiges de la plus importante mine d’or romaine au monde se trouvent à Roşia Montana en Roumanie. Ce site court le risque d’être totalement détruit par un projet d’exploitation minière privé. Les donateurs internationaux ont déjà décidé de ne pas apporter leur soutien à ce projet en raison de menaces sérieuses qu’il fait peser sur le patrimoine naturel et culturel de la région ».

 

L’académie roumaine s’est aussi prononcée contre la destruction de cette zone par ailleurs classée monument historique par le ministère de la culture roumain. En plus des vestiges connus, de ceux qui ont été récemment découverts, et de ce qui reste à fouiller, la vallée compte plusieurs maisons et églises classées monuments historiques.

 

1038 personnalités du monde entier ont également signé un appel au sauvetage « de ce patrimoine culturel unique » et proposent « comme alternative à ce projet mono industriel dangereux (…) l’idée de développement d’un parc archéologique»."

Aujourd'hui, il existe un truc qui s'appelle le "développement durable".

 

 

Au secours de Rosia Montana, suite

Voici comme promis jeudi, le début du reportage sur Rosia Montana.

"La jolie Téofana souffre directement de la soudaine inflation de villageois « milliardaires » à Roşia Montana. La bâtisse que la jeune femme de 28 ans voulait acheter avec son mari pour y installer leur premier foyer vient de leur passer sous le nez : quelqu’un a proposé dix fois le prix qui avait été initialement convenu avec la propriétaire.

L’histoire de Téofana n’est pas banale : elle vit au cœur d’un Eldorado, mais un Eldorado qui sera, sous peu -à moins de victoire des associations militant pour le développement durable- pulvérisé. Les villageois attachés à leur patrimoine s’opposent à un entrepreneur offensif qui s’apprête à décapiter les montagnes pour exploiter à ciel ouvert une mine d’or et d’argent. On se trouve dans l’ouest de la Transylvanie. Un énorme gisement d’or et d’argent gît sous un fabuleux trésor archéologique, celui de l’antique « Alburnus Maior ». Et pour compléter, au dessus de ces richesses de deux genres bien différents, vivent et meurent des hommes. Il y a là 800 maisons, 9 églises et 8 cimetières.  

On appelle cette région le « quadrilatère d’or ». Connue des géologues et des archéologues du monde entier. La conquête de la Dacie par l’empereur Trajan au 2ème siècle après JC marqua le début de presque deux siècles d’exploitation du métal précieux par les Romains. Mais bien avant les Romains, les Daces du célèbre roi Décébale -celui qui préféra en l’an 106 se trancher la gorge plutôt que rendre les armes au conquérant romain Trajan- savaient eux aussi, et depuis bien longtemps, extraire l’or des galeries et forger des bijoux…

Presque deux mille ans plus tard, les villages des vallées de Roşia Montana et Corna, au cœur de ce « quadrilatère », offrent le spectacle d’un nouveau drame. Un formidable bras de fer est engagé entre les habitants, les archéologues et les écologistes d’une part et de l’autre une « junior » roumano canadienne dont l’ambition est d’ouvrir une mine d’or à ciel ouvert sur une surface vaste comme la moitié de Paris. Vingt ans d’extraction programmée. Un énorme investissement.

La commune est certes asphyxiée par le chômage, les difficultés de la mine d’or en activité -propriété de l’Etat roumain- et le déclin par lequel passent toutes les zones de moyenne montagne quand elles sont délaissées par les pouvoirs publics. Pour le maire de Roşia Montana, le Projet de la Gold Corporation « est une chance qui n’arrive qu’une fois en 2000 ans ». M. Nariţa joue donc à fond la carte de la Compagnie après avoir pourtant été élu il y a deux ans avec 70% des voix sur son message « non au Projet ». Les mains à plat sur son agenda qui porte le sigle de la compagnie minière, le maire emploie les grands mots : « on est dans une économie capitaliste. On a évolué, depuis les vieux slogans qui proclamaient « on ne vend pas notre pays » ! ».

Le maire espère voir les travaux commencer cette année, « pour notre nouvelle localité, moderne, car on va vers l’an 3000, on ne regarde pas en arrière ! ». L’édile rêve déjà à « notre salle de sport, la maison de la culture, la bibliothèque, une garderie moderne, le téléphone… On fera des jolies parcelles, tout sera bien aligné. » Les 2150 habitants des 5 villages qui seront affectés, si le projet obtient l’aval du gouvernement, devraient donc être déplacés, leurs maisons rasées, et toute trace des vestiges romains, effacée. Les gens devraient être relogés plus bas dans la vallée, dans un village modèle. 

Dans la cour de la mairie trône la « maison témoin » érigée par la « Gold ». Une sorte de pavillon Phoenix à étage. Les habitants ne se précipitant pas pour la visiter, des bureaux y ont finalement été installés. Des bâtiments publics ont été loués à la Compagnie. « Si on ne vivait que des taxes locales on ne pourrait même pas payer le personnel de la mairie. Depuis que l’an dernier la Gold corporation nous apporte de l’argent, le Conseil départemental a cessé de nous subventionner » poursuit le maire.

La vallée de la Roşia (la Rouge) enchante par son paysage bucolique de collines et de vergers parsemés de talus herbeux qui sont les traces anciennes d’une activité minière deux fois millénaires… et bien malheureusement, désole par la pollution ménagère et industrielle qui y règne. Des montagnes de détritus encombrent les ruisseaux. Mais peut-on décemment exiger de ces gens d’être au top du mouvement civique et écolo ? Après 45 ans de dictature, les voilà peu armés pour lutter avec un civisme irréprochable contre une multinationale.

 Les eaux de la rivière sont affectées par un phénomène d’acidité qui se dégage des galeries minières et du gisement dont l’exploitation à ciel ouvert a commencé sous Ceausescu. On a donc là un site de moyenne montagne, industrialisé, qui au lieu de se voir assaini s’apprête à être dévasté.

Les habitants qui ne veulent pas quitter la vallée de la Rosia disent qu’ici on inventé le « chantage aux euro-poubelles ». Ces conteneurs aux normes européennes devraient être distribués. M. Narita proteste : « on a des euro poubelles. J’en ai acheté 170. Mais ici, on ne les distribue pas, parce que les gens vont partir de toutes façons et si on les leur donne, ils les emporteront avec eux ». Pour lui, les dés sont jetés. Pourtant,  rien n’est décidé.

Rien n’est décidé, et pourtant, la population de la vallée et des alentours subit depuis longtemps déjà l’aggressivité à coup de poignées de billets. Les propositions de rachat des maisons par la « Gold » vont bon train. Encore un fois,il faut préciser que rien n’est officiellement décidé.

Il y a des candidats au départ. Ils ont été 200 en 2002 à empocher leur milliard de lei et à laisser les clés de leur maison. La Compagnie appose ensuite sur la façade une petite plaque bleue, portant l’inscription : « propriété de la Roşia Montana Gold Corporation ». Pour ceux qui veulent rester, la progression des petites plaques bleues sur les maisons du village représente une pression psychologique évidente.

 Alors, en signe de désaccord, ils ont collé sur leur maison des petites affiches : « PAS à vendre ».

Stéphanie Roth, militante de l’association locale « Alburnus Maior » fulmine derrière ses lunettes rondes et fume cigarette sur cigarette. « Les gens vendent leurs maisons pour un projet qui ne sera peut-être pas accepté ! Ils sont victimes d’un chantage ! » Avec sa collègue roumaine Stefania, elle guette la moindre évolution du conflit et produit communiqué sur communiqué pour alimenter le site Internet de l’association. Et mobiliser.

Les anciens orpailleurs du village comptent sur elle. C’est le cas du père Ivaşcan, un vert septuagénaire qui se régale, dans cette ambiance de « résistance ». Il n’a pas digéré le « kilo et demi d’or investi dans la fabrication d’un concasseur juste après la guerre » et qu’il n’a eu le temps d’utiliser que deux années avant de se le voir confisquer et détruire par le pouvoir communiste, « le jour funeste du 11 juin 1948 »… Fanfaron, le père Ivaşcan lance, un peu à côté de la plaque, « on est les Décébale d’aujourd’hui ! On revit la lutte entre les Daces et les Romains ! ».

La suite demain!

 

jeudi, 22 mai 2008

Au secours de Rosia Montana

L’autre jour au p’tit dèj, qu’entends-je sur Europe 1? On s’émeut de la possible disparition des légendaires lettres en tôle posées sur les hauteurs de la ville-cinéma Hollywood. Un projet immobilier serait en cause…

Mon sang ne fait qu’un tour, et depuis je cogite.

Pendant que des gens se battent depuis plus de cinq ans pour préserver le patrimoine antique d’Alburnus Maior de l’implantation d’une mine d’or, tout ça dans le silence le plus total, la France entière est avertie dès potron-minet du danger qui guette les monumentales lettres ! Dans le reportage, on signale même que l’implantation des H-O-L etc. remonte à une époque lointaine : le début du XXème siècle !

Là, c’est vrai, mes vestiges ont deux mille ans. Ils ne font pas le poids contre cent ans d’histoire.
Sauf qu’aucune vie n’aura directement à souffrir de la construction de villas avec piscine à Hollywood. Tandis qu’à Rosia Montana, des gens vivent un calvaire !

J’entends déjà les observations grinçantes : « ça parle à personne, ton truc ! », « c’est loin, les Carpates, ma cocotte ! » ou « C’est un truc bancale dans un pays bancale ! ».

C'est sûr, c’est loin, Rosia Montana. En 2004, j’y suis allée. De Cluj, une ville universitaire où j’étais invitée pour des Rencontres européennes sur la culture, j’ai fait un très pittoresque voyage en bus jusqu’au cœur des montagnes.


Je voulais aller les voir, ces gens qu’on forçait à vendre leur maison pour ensuite dynamiter leurs collines et trouver de l’or. Je voulais leur parler, prendre des photos, rencontrer l’élu local, voir les fameux vestiges de l’époque romaine et surtout descendre dans la mine creusée à main nue il y a plus de deux mille ans. Je voulais comprendre. La presse roumaine regorgeait d’informations incomplètes. J’étais moi-même sensibilisée à la question des mines d’or et à l’utilisation du cyanure, puisqu’en 2000 je m’étais rendue dans le nord du pays pour faire un reportage sur une catastrophe minière : la rupture d’un bassin de décantation contenant, justement, des cyanures, avait provoqué une importante pollution jusque dans le Danube.

J’y suis donc allée, à Rosia Montana. J’ai fait ce que je m’étais proposé de faire. J’ai rencontré beaucoup de gens. J’ai parcouru le village en long et en large. Je suis descendue dans la mine. J’ai aussi rencontré les membres d’une ONG dont le nom est Alburnus Maior, du nom du site romain.


Stupeur, il y avait là une étrange fille passionnée, anglaise ou française ou les deux. Derrière un ordinateur, dans une très petite maison et sans beaucoup de confort, elle militait. Toute seule ou presque. Avec une liaison Internet très faible. Elle défendait le village. Elle m’a même accueillie chez elle pour la nuit, alors que je n’avais rien de prévu et que je ne pouvais pas rentrer à Cluj sans avoir fait le tour de la question.

Puis je suis rentrée à Paris et j’ai tenté de placer mon reportage. En vain. Trop compliqué, trop documenté. Mal venu, pas le moment, pas de place. L’expérience habituelle du free-lance. Pas grave.

Ce qui me réjouit aujourd’hui, c’est que l’ONG continue son combat. Et que deux journées de mobilisation sont organisées à Paris.

Tout le programme est ici, au bout de ce lien : http://www.patrimoineroumain.fr/ (Mais attention, pour le mardi, pensez bien à vous inscrire au numéro indiqué sur le site! Autrement, l'entrée au cinéma est libre)

Moi, je continue de soutenir que cette affaire n’est pas qu’une question de patrimoine et de pierres. C’est un problème humain.
C’est pour cela que j’ai commencé mon reportage avec l’histoire d’une jeune femme rencontrée dans le village, Téofana. Elle était émouvante.

Alors je vous propose en quelques épisodes de vous le faire lire, ce reportage.


Avec la mention que ce reportage est daté. Je ne l’ai pas mis à jour. Depuis, certains détails de procédure ont changé. Mais le problème reste la même. Peut-être la mobilisation en cours portera-t-elle ses fruits ?

mardi, 20 mai 2008

Café Bouquins à Chartres

Au dernier Café Bouquins de la saison, samedi, au café Le Parisien, c'était l'affluence des grands jours. Après avoir craint  pour la survie du concept par manque de lecteurs (c'était l'an dernier, une vieille histoire) Geneviève Dhont (l'initiatrice et l'animatrice de ces rencontres autour d'un ou plusieurs livres) peut se réjouir de l'attrait qu'exerce aujourd'hui ce moment dédié à la littérature! Nous étions seize ou dix-sept pour donner notre lecture du roman de l'auteur égyptien Alaa El Aswany L'Immeuble Yacoubian.

Un premier roman écrit par un dentiste du Caire. Encore un exemple de médecin qui prend la plume... A tellement travailler sur les dents de ses concitoyens, El Aswany a eu envie d'étudier leur destin. Dans le format choisi, celui du roman populaire, il n'a pas pu aller explorer les tréfonds de leur âme. Ce n'était pas son but, on l'a bien compris: il le dit lui-même, le Cairote écrit des romans comme il respire et lui, l'auteur, il s'est laissé embarqué par ses "characters" (oui, Aswani baigne aussi dans la culture anglophone). Cela fait tout de même plus de trois cents pages mêlant les trajectoires d'une petite dizaine de Cairotes - des personnages souvent attachants, même si l'ensemble, sur fond de montée du fondamentalisme fait froid dans le dos. D'ailleurs, les personnages de femmes sont très beaux et douloureux.


Ce qui est bien, lors de ces Café Bouquins, c'est que chacun vient avec sa lecture d'un même ouvrage, choisi lors de la séance précédente. Le grand mérite de ces samedi particuliers tient aussi dans ce moment d'échange. Au final, le livre étudié sous toutes ses coutures est véritablement enrichi des impressions de ses lecteurs et lectrices. Car c'est aussi cela, la lecture, n'est-ce pas? Ce volatile supplément d'âme qui vient nimber le texte...

Au programme du Café Bouquins du 20 septembre 2008 :
-Petit boulot pour vieux clown suivi de L'Histoire des ours pandas racontée par un saxophoniste qui a une petite amie à Francfort par Matéi Visniec, Actes Sud Papiers.
-Paparazzi suivi de La femme comme champ de bataille, par Matéi Visniec, Actes Sud Papiers
-La Moitié de l'âme, par Carme Riera, éd. Points 

mercredi, 14 mai 2008

Insolite Roumanie

Il s'en passe, des choses, cette semaine, en Normandie! C'est le bon moment pour rencontrer Dan Lungu, mon auteur préféré, et Gabriela Adamesteanu, un écrivain de grande valeur!

Voyez ci-dessous leur programme:

14 mai - 20h30 - Bibliothèque - Isigny le Buat

Entrée gratuite - Renseignements et réservation : 02 33 48 58 51

15 mai - 20h30 - Bibliothèque Jacques Prévert - Cherbourg-Octeville

Renseignements et réservation : 02 33 23 39 40

16 mai - 17h30 - Bibliothèque du centre-ville - Caen

Accueil des écrivains par Mme Deloison au lycée Malherbe en début d’après-midi

Renseignements et réservation : 02 31 30 47 00

Dan Lungu uniquement :

17 mai - 15h - Auditorium de la médiathèque - Lisieux

Renseignements et réservation : 02 31 48 41 00

Gabriela Adamesteanu uniquement :

28 mai 2008 - 20h30 - Bibliothèque - Harfleur

Renseignements et réservation : 02.35.45.42.27

A partir du 29 mai - Résidence à Alisay dans l’Eure

En partenariat avec le département de l’Eure et de sa BDP

Rencontre avec Gabriela Adamesteanu (Une matinée perdue, Gallimard

2005) et Dan Lungu (Le Paradis des poules et Je suis une vieille coco,

Jacqueline Chambon, 2005 et 2008), animée par Pascal Jourdana,

journaliste littéraire*

D’un côté, un grand roman social, politique et familial, écrit dans une

veine faussement classique par Gabriela Adamesteanu. Une matinée

perdue, c’est en effet plus de soixante-dix ans d'histoire roumaine vus à

travers les souvenirs et le franc-parler d’une femme du peuple, Vica,

truculente et tendre. L’auteur y convoque une galerie de personnages

pour un livre polyphonique où alternent tragédie et humour. Pour mieux

décrire les contradictions et les bouleversements incessants de la société

contemporaine roumaine. Un monde entier… dans une seule matinée !

En face, les récits iconoclastes et acides de Dan Lungu. Dans Le Paradis

des poules, il décrit la vie des habitants d’une rue banale de Bucarest,

avec leurs histoires, leurs moments de gloire locale et leurs mystères

qui se croisent et se recroisent. Avec une joyeuse troupe de grands-pères

à la descente rapide. Je suis une vieille coco raconte de son côté l’histoire

d’Emilia Apostoae, entourée de sa frangine, ses copines du foyer ouvrier

et ses collègues d’usine, et traverse les périodes : celle de la dictature

(prétexte à blagues), celle de la chute de Ceausescu (qu’on fête à Noël),

et celle de “l’après” (avec la nostalgie du communisme). Pascal Jourdana

* Pascal Jourdana animera les rencontres du 15 et 16 mai.

Rencontres animées par Pascale Navet, directrice de la bibliothèque de Saint-Lô, à

Saint-Lô et la bibliothèque d’Isigny le Buat. Par Michèle Coulomb (association Atout

Lire) à Cherbourg-Octeville.

lundi, 12 mai 2008

Un article d'Observator cultural

  

  

  http://www.observatorcultural.ro/Citeste-mai-departe-%C5%...

Pour vous, lecteurs qui comprenez le roumain, voyez si dessous le très bon article paru dans l'hebdomadaire culturel bucarestois Observator cultural, sur les Rencontres des traducteurs de littérature roumaine. Pour comprendre de quoi il s'agissait, il faut remonter un peu le cours de notes... 

 

"Pe 21 şi 22 aprilie 2008, la iniţiativa Asociaţiei Traducătorilor de Literatură Română (ATLR) din Franţa, înfiinţată în 2007 şi avîndu-l ca preşedinte pe Dumitru Ţepeneag, a avut loc la Institutul Cultural Român din Paris prima întîlnire internaţională a traducătorilor de literatură română. Magda Cîrneci, directoarea institutului şi membru fondator al ATLR, este una dintre persoanele care au făcut ca această întîlnire să fie posibilă.

 

Paris, 21 aprilie 2008.

Rue de l’Exposition, nr. 1: Institutul Cultural Român. Miros ademenitor de cafea. Se aud voci la etaj. Am un îndărătnic sentiment de uimire: oameni din nu ştiu cîte ţări vorbesc între ei româneşte, în acest loc din Paris. Voi afla că sînt veniţi din Austria, Bulgaria, Cehia, Grecia, Germania, Marea Britanie, Polonia, Rusia, Israel, Ungaria... lista e incompletă. Printre temele meselor rotunde semnalate în program: locul traducătorului în lanţul editorial, aspecte ale României de astăzi, limba populară şi argotică în literatura română contemporană, traducătorul ca scriitor bilingv. Moderatori sînt Magda Cîrneci, Mirela Patureau, Virgil Tănase, Dumitru Ţepeneag, Laure Hinckel. Aceasta din urmă, secretara ATLR şi principala organizatoare a întîlnirii, este unul dintre cei mai activi promotori ai culturii române în Franţa.

Reacţia mea la auzul limbii materne în acest cadru multicultural e cu siguranţă condiţionată de povara prejudecăţilor şi a complexelor de inferioritate. Asemenea unor prieteni români intrigaţi de aspiraţiile mele de a vizita odată şi-odată ţări neoccidentale, nesemnalizate pe hărţile turismului prestigios şi zornăitor, mă întreb şi eu cu naivitate: ce le aduce acestor vizitatori luminaţi frecventarea culturii române? „Am cîştigat bani destui în tinereţe, acum pot să fac ce-mi place“, mi-a răspuns, de altfel, în continuare tînărul traducător al lui Mircea Cărtărescu în norvegiană, Steinar Lone. Lumea în care s-a născut îi autorizase un asemenea parcurs electiv.

E prea scurt timpul ca să aflu pe ce căi a ajuns fiecare dintre participanţi să devină un cunoscător al literaturii române. „E pură întîmplare“, mi s-a răspuns de cîteva ori – o întîmplare care lua adesea chipul unor prieteni. Dinu Flămînd a vorbit despre norocul pe care îl are literatura română de a o avea pe Marily Le Nir, minunată traducătoare a lui Nicolae Steinhardt, născută în România din părinţi francezi. |n unica ei tentativă de a călători în România comunistă prin anii ’70, Marily Le Nir a trebuit să explice, într-un interogatoriu care a durat cîteva ore, cu ce scopuri revenise în ţara copilăriei sale... Limba română, îndelung nevorbită în acest context ostil, i-a rămas din fericire „înrădăcinată în suflet“. Şi pentru alţii româna este legătura greu de destrămat cu o viaţă anterioară: chiar după ce încercase să se rupă de trecut, Yotam Reuveny, editor şi traducător din Israel, a înţeles că „rămînea număratul“ în româneşte, că „magia cuvintelor aştepta sub aceea a numerelor“. Laure Hinckel a evocat traducerea ca pe o salvare, ca pe o luptă împotriva izolării şi a pierderii limbii materne, după mai mulţi ani petrecuţi în România departe de orice comunitate franceză. Cucerirea unei limbi străine poate însemna deci şi urgenţa întoarcerii la limba dintîi.

E o poveste pe care am trăit-o, poate, mulţi dintre noi cei, să zicem, „exilaţi“, deşi termenul s-a golit din fericire astăzi de ameninţările de altădată: am traversat totuşi o separare aridă a culturilor, înainte de a le face să comunice. Îmi dau seama că, pe măsură ce scriu despre limba şi cultura română, mă năpădesc din nou frămîntările unor marginalităţi din pricina cărora am amuţit uneori în toate limbile învăţate şi ale căror cauze nu le-am înţeles decît încetul cu încetul. Marginalitatea ardelencei căreia i se spunea mereu la Bucureşti fie că „are“, fie că „nu are accent“. A româncei căreia în Franţa i se fac complimente pentru felul în care vorbeşte limba franceză. „Şi franceza dumneavoastră e frumoasă“, sînt uneori tentată să le răspund interlocutorilor mei a căror limbă este pur şi simplu, fără complimente şi fără comentarii. Motivaţia traducătorului se naşte, poate, şi din dorinţa de a aşeza în centru o marginalitate lingvistică uneori inconfortabilă.
M-am abţinut deci de la reacţiile entuziaste care îmi dădeau ghes la auzul analizelor fine practicate în română de cutare şi cutare participant. Aş fi riscat în plus să aflu că limba vorbită cu atîta eleganţă de presupuşi non-nativi era cel puţin la fel de legitimă ca a mea (dacă simplul fapt de a te fi născut în România poate da o asemenea legitimitate...). La Paris, printre aceia care sînt prin natura muncii lor „coautori, agenţi literari, propagandişti culturali“, ca să reiau definiţia dată de Dumitru Ţepeneag, am întîlnit oameni a căror modestie era impresionantă şi adevărată. Gerhardt Csejka, traducător al lui Mircea Cărtărescu în germană, recent recompensat pentru calitatea traducerii sale cu un premiu prestigios, a insistat asupra rolului secundar (cel puţin din punct de vedere cronologic) al textului său: „nu mă simt autor“. Reacţia lui venea în urma unei discuţii lansate de Virgil Tănase despre libertatea pe care trebuie să şi-o asume cel ce transpune un text într-o limbă străină, pentru ca noua versiune să aibă valoare literară. Adam J. Sorkin, traducător în Statele Unite al unor poeţi români (Ruxandra Cesereanu, Magda Cîrneci etc.) nu se încumetă să vorbească o limbă pe care o înţelege cu acuitate. Aflat printre invitaţi, Dan Lungu a vorbit despre modul în care traducerea a influenţat chiar viziunea sa despre scris: de la perplexitatea iniţială la ideea că un roman ca Raiul găinilor, cu universul său lingvistic atît de particular, ar putea fi valabil într-o altă limbă, pînă la impresia că versiunea franceză pe care i-o propunea Laure Hinckel e mai izbutită decît originalul.

Unele momente simptomatice pentru rivalităţi culturale tradiţionale au fost aici generatoare de haz şi complicitate. Cu talent histrionic, Dumitru Ţepeneag îi îndemna pe participanţi la emulaţie, citînd cazul culturii maghiare, care ştie să se promoveze şi să se vîndă în lume. „Exact aceleaşi cuvinte le-am auzit şi înainte de a veni“ – a intervenit Gabriella Koszta, editoare şi traducătoare a lui Dan Lungu în Ungaria, înveselind sala: „Mi s-a spus: să vezi tu ce bine ştiu românii ăştia să se prezinte şi să se exporte! Prin urmare, eu am venit aici să vă spionez“.

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De cînd, ca atîţia alţii, mă întorc foarte rar acasă şi văd cum se destramă configuraţiile „eterne“ ale copilăriei, sînt din ce în ce mai vulnerabilă la straturile timpului. Parisul însă nu este pentru mine un loc cu amintiri. În el pot să păşesc euforic, un pas în imaginar, doi pe stradă. Mai resimt uneori sentimentul de irealitate care m-a năpădit la prima mea vizită aici, cînd, undeva la picioarele turnului Eiffel, am văzut o clasă de liceeni jucînd fotbal pe terenul de sport din apropierea şcolii lor. Pentru mine era incredibil faptul că unii îşi duceau viaţa cotidiană în miezul mitului.

Paris, rue de l’Exposition: lîngă clădirea consulatului României care se uită chiorîş de după gratii, cu aerul acela ostil al unor clădiri oficiale (mi-l imaginez, de exemplu, pe Ben Corlaciu făcînd greva foamei în anii ’80 pentru a obţine permisiunea de a-şi aduce în Franţa soţia şi copilul), se află din fericire uşi prietenoase. Dacă citesc realitatea în felul acesta, este pentru că fac parte dintre cei pentru care funcţionează încă distincţia „înainte“ şi „după“ 1989. Sînt deci entuziastă atunci cînd un colocviu internaţional al traducătorilor de literatură română poate să aibă loc, astăzi, cu sprijinul instituţiilor româneşti. Încîntată să aflu despre existenţa unui program de rezidenţe pentru traducători la Mogoşoaia, prezentat de Florin Bican de la Insitutul Cultural Român din Bucureşti. Oarecum uimită că normalitatea însăşi e cu putinţă... Pe cînd mă pregătesc să formulez o concluzie despre caracterul benefic al acestui gen de întîlnire culturală, un mesaj adresat participanţilor la întîlnirea de la Paris de către Philippe Loubière, membru fondator al ATLR, îmi soseşte în mesageria electronică. Un astfel de colocviu ar merita să fie organizat în mod regulat, scrie el, pentru a le permite traducătorilor să se cunoască şi să se sprijine reciproc, într-un context în care evenimentele valorizante pentru cultura română sînt rare – Philippe Loubière menţionează Les Belles étrangères în 2005 şi un colocviu consacrat Hortensiei-Papadat Bengescu la Inalco, Paris. Ingrid Baltag din Austria subliniase în timpul unei mese rotunde importanţa unui festival ca Insolite Roumanie (Normandia), unde se pot vinde cărţi şi promova autori...

Unul dintre principalele merite ale întîlnirii organizate la Paris este acesta: de a fi adus împreună oameni care de prea multe ori lucrează izolaţi, oferindu-le un context în care munca lor să devină vizibilă şi recunoscută.

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Monica Salvan este profesoară de limba şi literatura franceză în Franţa din 2001. Doctorandă la Institutul Naţional de Limbi şi Civilizaţii Orientale (Inalco) din Paris. A tradus fragmente semnate de Ruxandra Cesereanu şi Doina Ioanid pentru volumul Soleils différents, Éditions L’Inventaire, 2008."

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