jeudi, 24 avril 2008
De Maria Maïlat à Marius Daniel Popescu et Letitia Ilea...
LINDA MARIA BAROS
Linda Maria Baros est née en 1981 à Bucarest. Fille de poète, elle est poète elle même, essayiste et traductrice de ses propres textes ainsi que de poèmes roumains. Elle a été récompensée par plusieurs prix littéraires roumains et français, dont le prix de la Vocation en 2004 et le Prix Apollinaire en 2007, pour La Maison en lames de rasoir.
La Maison en lames de rasoir, Cheyne Éditeur, 2006. Recueil publié également en
roumain : Casa din lame de ras, Editura Cartea Românească, Bucarest, 2006
Le Livre de signes et d’ombres, Cheyne Éditeur, 2004. Recueil publié également en
roumain : Dictionarul de semne si trepte, Editura Junimea, Jassy, 2005
LA PORTE À VISAGE D’OISEAU
La maison flotte sur la bosse en pierre de l’obscurité,
sur ses écailles grisâtres, venimeuses,
montées en épi,
comme si la nuit voletait
dans un cercle de craie
et que son bruissement de lave,
semblable au déploiement d’une aile,
parvenait jusqu’à nous.
La maison, aux cheveux bleus d’antan,
trempés dans des eaux volatiles,
coincés dans la porte,
comme dans un ventilateur en teck.
Ses griffes d’alpax s’enfoncent dans la pierre !
Son bec, ensanglanté.
Tu te verrouilles de l’intérieur. Et tu ris.
Le silence sautille à pieds joints sur la poignée.
Linda Maria Baros, La Maison en lames de rasoir, Cheyne Éditeur, 2006,
page 22. Préface de Patricia Castex Menier.
FLORIN TURCANU
Florin Turcanu est né en 1967 en Roumanie. Il est historien. Ancien étudiant de l'EHESS de Paris, il est actuellement maître de conférences à la Faculté de sciences politiques de l'université de Bucarest et chercheur à l'Institut roumain d'études sud-est-européennes.
Son ouvrage sur Mircea Eliade, écrit en français et préfacé par Jacques Julliard éclaire de manière magistrale une des personnalités les plus complexes de l’histoire des lettres roumaines et françaises. Il est la preuve éclatante de la vitalité des liens qu’entretiennent les intellectuels, de la Dambovita à la Seine.
Mircea Eliade, Le Prisonnier de l'histoire, éd. La Découverte coll. L'espace de
l'histoire, 2003
LETITIA ILEA
Letitia Ilea, poète et traductrice, est née en 1967 à Cluj-Napoca, en Roumanie. Elle poursuit des études de Lettres à la faculté de Cluj- Napoca, où elle enseigne aujourd’hui le français. Elle fait ses débuts en poésie dès 1984 et ne cesse depuis de publier des poèmes, des chroniques littéraires, des interviews et des traductions dans la majorité des revues littéraires de Roumanie. Letitia Ilea appartient à la belle famille des poètes qui se traduisent eux-mêmes. Ses poèmes ont été publiés sous forme de recueils en Roumanie (eufemisme, Ideea,
1997; chiar viata, Paralela 45, 1999; o persoană serioasă, Limes, 2004) puis en France (Est-cris,Transignum, 2005; Terrasses, Éditions du Centre International de Poésie de Marseille, 2005; Apprivoiser le silence, Autres Temps, 2005), ainsi que dans diverses anthologies et revues roumaines et françaises (Europe, nr. 894, octobre 2003, La revue des archers, nr. 8, 2005, etc.).
Letitia Ilea a été une des douze invités des Belles Étrangères consacrées en 2005 à la Roumanie. Plusieurs de ses poèmes ont été publiés à cette occasion dans le recueil Douze écrivains roumains. Les lecteurs ont la possibilité de l’écouter et de la voir, filmée chez elle en 2005 : le DVD du film de Dominique Rabourdin figure à la fin du recueil.
Elle a reçu sept prix littéraires en Roumanie pour sa poésie et ses travaux de traduction. Le prix Jean Malrieu lui a été décerné en avril 2007 pour son recueil Apprivoiser le silence. « J'écris des vers comme des timbres qui ne collent pas sur des lettres sans destinataire » écrit-elle. Pour son préfacier, « il y a dans cette phrase tout le désarroi du poète sur son utilité immédiate, mais aussi sa dramatique assurance de
savoir demain des collectionneurs qu'il saura intéresser ».
Voici un auteur qu’il faut lire et faire écouter.
Apprivoiser le silence, éd. Autre temps, coll. Temps poétique, 2005
Est-cris, éd. Transignum, 2005
Terrasses, éd. CIPM - Spectres familiers, 2005
MARIUS DANIEL POPESCU
Marius Daniel Popescu est né à Craiova en 1963 et s’est établi à Lausanne en 1990. Au volant de son trolleybus de la compagnie des Transports publics, Marius Daniel Popescu observe le monde, l’absorbe par tous ses pores. L’homme est poète. Quatre recueils publiés en Roumanie, puis le français s’impose. Son premier recueil de poèmes écrits en français, intitulé 4 x 4, poèmes tout-terrains est publié par les éditions Antipodes, à Lausanne. Puis ce sont les Arrêts déplacés, en 2004 chez le même éditeur, recueil qui obtient le Prix Rilke 2006. Marius Daniel Popescu lance en 2004 un journal littéraire dont il est le seul et unique contributeur : Le Persil.
En 2007, les éditions José Corti publient un roman à la facture extraordinaire, en cette période de maigreur épique : à la fois grand récit et accumulation poétique d’observations au périscope –l’exacte quotidienneté de la beauté. Pour lui, « La langue française est devenue (…) une sorte de soeur jumelle avec laquelle je partage les impressions sur tout ce que je vis, sur tout ce qu'elle et moi rencontrons dans la vie de chaque jour. » Un journaliste a écrit quelque part que s’il n’écrivait pas, ce romancier-là verrait son crâne exploser sous la pression des
images, des associations et des idées. Cependant, quelle maîtrise du flux créateur ! Que ce soit pour évoquer ce nid d’hirondelles posé sur un fil électrique dans la véranda chez sa grand-mère ou dans la réflexion partant d’un regard un seul posé sur « cinq sacs en plastique sur une des étagères », Marius Daniel Popescu ensorcelle. Allez, un court passage :
« Quand un inconnu te demande ce que tu fais dans la vie, tu lui réponds « je suis dans la publicité ! » Tu ne dis pas aux inconnus que tu travailles comme colleur d’affiches, tu leur dis que tu analyses les publicités sur les sacs en plastique et en papier. S’ils te demandent : « Et les sacs en tissu, ils vous intéressent ? », tu réponds oui et ils prennent l’air de quelqu’un qui réfléchit puis, après deux ou trois secondes, ils disent « ça doit être intéressant ! »
La Symphonie du loup, éd. José Corti, 2007
Arrêts déplacés, éd. Antipode, 2004
4x4 : poèmes tout-terrains, (épuisé) éd. Antipodes, 1995
DUMITRU DODO NITA
Il n’est l’auteur d’aucun ouvrage en français, mais sa contribution à la francophonie est évidente. Dumitru Dodo Nita est né en 1964 à Bucarest. Il est aujourd’hui l’interlocuteur incontournable de qui cherche à connaître la BD roumaine. Le 9ème art ne bénéficie pas en Roumanie du prestige qu’il connaît ailleurs, mais il a, grâce à M. Nita, son salon annuel et son association des bédéphiles. A force d’écumer les
bouquinistes, ce passionné, parfait francophone, a rassemblé 80 albums sur les cent albums jamais édités en Roumanie (oui, 100 : 50 albums publiés avant 1989, dans les années 1930 notamment, 50 albums depuis) et s’est constitué l’unique bibliothèque de BD de son pays.
Il a traduit en roumain les oeuvres de Morris, André Juillard et Louis Cance. Pour son travail en faveur de la francophonie à travers la bande dessinée, Dodo Nita a reçu en 2001 le titre de Chevalier de l`Ordre des Palmes académiques en France et en 2006 celui de Chevalier de l'Ordre de Léopold en Belgique. Il est le rédacteur en français du chapitre concernant la BD roumaine publié dans le BD guide 2005 – Encyclopédie de la bande dessinée internationale. (éd. Omnibus, Paris, 2004).
MARIA MAÏLAT
Personnalité chaleureuse (ses amis le disent) et secrète (on le lit), Maria Maïlat se livre un peu dans le parcours de son héroïne Mina, dans son premier roman écrit en français, La Cuisse de Kafka. Mina est gymnaste, le lavage de cerveau est éprouvant dans ce pays communiste. Dans ce milieu de la performance sportive, on la traite avec mépris de « poétesse ». Mina écrit : « Adolescente, j’aurais aimé ressusciter Blaise Cendras en récitant ses poèmes, j’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité. Je songeais à la France, mais sans l’approcher, je l’observais de loin, depuis Saturne. Je ne me voyais pas débarquer à Paris en touriste, puisque Dante n’avait pas arpenté le Purgatoire en suivant le plan d’une agence de voyage. L’exil n’était pas comparable à un week-end d’évasion à Venise ou à Prague. » Et Mina de s’exiler, d’apprendre le français, à trente-trois ans, de subir la douleur et l’humiliation de ceux qui vous accueillent sans vous accueillir.
Née en Transylvanie dans une famille pluriculturelle, anthropologue, poète et romancière francophone, Maria Maïlat vit à Paris depuis 1986.
Cailles en Sarcophage, éd. Editinter, 2004
Silences de Bourgogne, éd. de l'Armançon, 2004
La Cuisse de Kafka, éd. Fayard, 2003
Avant de mourir en paix, éd. Fayard, 2001
Quitte-moi, éd. Fayard, 2001
La Grâce de l'ennemi, éd. Fayard, 1999
Sainte Perpétuité, éd. Julliard, Hors Collection, 1998
S’il est défendu de pleurer, éd. Robert Laffont, Coll. Pavillons, 1992






